Flash Info 19/03/2019

GRANDE AMERICA : Les pollutions surveillées depuis l’espace

Le 12 mars dernier, le Grande America sombrait dans le Golfe de Gascogne. Les données fournies par l’armateur recensent 365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2000 véhicules. En dehors de cette cargaison, les soutes du navire contiennent environ 2200 tonnes de fuel lourd, qui servaient de combustible de navigation au navire. Comment surveiller l’étendue de la situation ? CLS, filiale du CNES et de l’IFREMER, basée à Toulouse et Brest, accompagne l’agence européenne de sécurité maritime dans la surveillance des pollutions depuis plus de 10 ans. CLS témoigne aujourd’hui en images « spatiales » sur l’évolution de la situation du Grande America.

Dimanche 10 mars

Vers 20 h, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) d’Etel est informé par le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center) de Rome : le navire de commerce italien Grande America, en provenance de Hambourg et à destination de Casablanca (214m) déclare un incendie à bord. CLS est prête pour suivre l’incident. Grâce à sa station VIGISAT, première station civile française de réception d’images satellites radar haute résolution, les opérateurs de CLS ont les infrastructures, les compétences et la connaissance nécessaires au suivi de l’incident. Six satellites sont actuellement utilisés par les experts de CLS pour surveiller la zone contaminée.

Lundi 11 mars

4:00 : Dans la nuit de lundi à mardi, une première image du satellite VIIRS, radiomètre imageur dans l’infrarouge, est traitée par VIGISAT. Elle met clairement en évidence l’incendie à bord.

7:31 : une image radar du satellite Sentinel-1B couvre la zone de l’accident, détecte le navire toujours aucune pollution n’est à déclarer.

12:21 : le satellite optique européen Sentinel-2 (image à gauche) montre très visiblement le Grande America et le point central de l’incendie situé au premier tiers bâbord du navire. L’Abeille Bourbon, remorqueur affrété par l’état, est détecté à proximité.

Mercredi 13 mars

19 :31 : Les opérateurs de CLS détectent pour la première fois sur des images satellites radar la pollution. Pascal Lozac’h, responsable de la Cellule Intelligence en sécurité maritime chez CLS : « Sur cette image radar prise à l’aube, on peut mesurer la pollution qui s’étend sur 10km de long et 1,5km de large (noir et blanc image de gauche). »

00 :00 : Le Centre d’Expertises Pratiques de Lutte
Antipollution de la Marine nationale française, le CEPPOL, déploie 4 bouées de localisation et de collecte de données ARGOS au coeur de la pollution. Le directeur du CEPPOL précise :  » Nous avons déployé quatre balises Argos, depuis des avions Falcon 50 de la Marine nationale, à des endroits stratégiques. Ces balises envoient leur position GPS toutes les 30 minutes, nous permettant de délimiter la zone polluée. Ces données alimentent les modèles du comité de dérive. Ces informations sont nécessaires pour coordonner le déploiement des mesures anti-pollution. »

Mardi 19 mars

7:10 : Les opérateurs de CLS acquièrent une image du satellite Sentinel-1A

7:40 : A la verticale de l’épave, une irisation de surface parsemée d’amas de fioul lourd est visible. La pollution initiale émise par le Grande America à la date de son naufrage a dérivé. Elle est constituée d’amas de fioul lourd disséminés en surface.

UNE POLLUTION MALHEUREUSEMENT QUOTIDIENNE SUR LES EAUX EUROPEENNES.

Nadia Maaref, Directrice en charge des applications de sécurite maritime a CLS :
« Le naufrage du Grande America est un événement médiatisé car son origine a mis en péril la vie de l’équipage. On craint par ailleurs que certains navires saisissent l’aubaine pour polluer à leur tour dans la zone comme on a pu le voir sur des évènements similaires par le passé … mais nos équipes sont à pied d’œuvre et fournissent des rapports de pollution quotidiens à l’EMSA, qui sont ensuite complétés par les observations aériennes ou in situ en dehors de la zone de naufrage. »

DES PROGRES SIGNIFICATIFS : LE NOMBRE DE POLLUTIONS REDUIT DE MOITIE EN 10 ANS

Vincent Kerbaol, Directeur de CLS Brest :
« Mandatée par l’agence européenne de sécurité maritime, CLS détecte pollution et pollueurs depuis plus de 10 ans. Nous détectons les pollutions maritimes accidentelles ou intentionnelle de jour comme de nuit quelle que soit la couverture nuageuse. CLS et la station VIGISAT oeuvre depuis ses débuts pour le service européen CLEANSEANET. Ce service de surveillance maritime a permis, en 10 ans, de diviser par 2 le nombre de pollutions, donnant ainsi la preuve que l’effet dissuasif marche. »

DES CONTENEURS QUI AURAIENT PU NOUS EN DIRE PLUS

365 conteneurs étaient à bord du Grande America, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses. A l’heure des objets connectés, il est possible de suivre en temps réel chaque conteneur, de l’identifier, de le localiser et d’accéder à ses informations, notamment son contenu s’il est déclaré comme dangereux. CLS équipe plusieurs milliers de conteneurs et swap bodies de terminaux de géolocalisation.

Julien Dauvet Directeur en charge des applications de gestion de flottes à CLS :
« Les solutions CLS de traçabilité des éléments de transport et de dématérialisation des documents qui leurs sont associés (spécialement développés pour le transport de matières dangereuses) informent en temps réel sur leur localisation et permettent d’identifier leur contenu. Dans ce contexte, les actions des autorités pourraient être améliorées de par une rapide reconnaissance de ce contenu et de sa potentielle dangerosité. En augmentant la réactivité des autorités on peut améliorer l’efficacité des interventions et mieux protéger aussi bien les hommes que l’environnement. »

+ de 500 millions de conteneurs sont manutentionnés sur les ports chaque année, un chiffre pharaonique. Dans le but de sécuriser et d’optimiser la chaine logistique, CLS connectera bientôt un grand nombre d’entre eux grâce à Kinéis, une constellation de nanosatellites qui va révolutionner le monde des objets connectés. CLS connectera ainsi les conteneurs d’un bout à l’autre de leur expédition. Elle permettra aux spécialistes du fret de savoir en permanence où ils se trouvent, d’optimiser leur rotation et la gestion des parcs, de garantir les délais de livraisons, d’assurer la sécurité mais aussi l’intégrité et la qualité des transports.